5 minutes sur l’effort d’une entreprise africaine de l’e-santé face au Coronavirus avec Sedric Degbo, CEO du Réseau d’échange entre médecins d’Afrique (REMA)

Next Einstein Forum: Pourriez-vous nous expliquer comment vous est venue l’idée de mettre sur pied le Réseau d’Échange entre Médecins d’Afrique (REMA)?

Sedric Degbo: La genèse de REMA a véritablement démarré en 2016, lors d’une recherche pour la fin de mes études de médecine, où je suis tombé complétement par hasard sur un article scientifique évoquant l’incidence des erreurs médicales dans le monde. Les conclusions étaient vraiment alarmantes, j’ai donc décidé par curiosité de m’intéresser au cas de l’Afrique. Les chiffres avancés par plusieurs auteurs faisaient étalage d’événements indésirables liés aux soins, un problème majeur de santé publique sur notre continent. Après analyse, on se rend compte qu’au-delà des limites organisationnelles du système sanitaire africain, ces chiffres sont dus au faible niveau d’information des médecins, à l’isolement des médecins, à la distance et au manque de moyens de communication adapté entre eux. Pour répondre à cette problématique, nous avons lancé en 2017, le Réseau d’Echange entre Médecins d’Afrique (REMA), dont la mission est d’améliorer la qualité des décisions médicales, en misant sur la collaboration, la solidarité et l’intelligence collective des professionnels de santé.

En quoi consiste exactement votre application?         

S.D.: Concrètement REMA, connecte tous les médecins d’Afrique à travers une application mobile qui leur permet de partager, d’échanger leurs connaissances ou expériences autour de cas de patients et de collaborer en temps réel quelle que soit la distance, ce afin de prendre de meilleures décisions et ainsi sauver plus de vies. Nous faisons tout ceci dans un environnement digital confidentiel, sécurisé et strictement professionnel. On espère que grâce à REMA, le médecin africain ne se sentira plus jamais seul!

Comment vérifiez-vous les profils des médecins?

S.D.: Pendant le processus d’inscription ou de création de compte sur REMA, en plus des informations générales, les utilisateurs doivent obligatoirement transmettre des pièces justificatives de leur statut professionnel par le biais d’une carte professionnelle, d’un diplôme, d’une attestation et de leur carte identité, ce afin de faire valider leur demande d’inscription. REMA vérifie donc la qualité et la concordance des informations fournies pour chaque dossier avant de valider la création d’un compte pour un utilisateur potentiel. Si la vérification est concluante, les utilisateurs reçoivent automatiquement un SMS et un email de validation pour accéder à leur compte, et ainsi bénéficier de l’usage de nos plateformes et de nos services. C’est ainsi que nous garantissons à nos utilisateurs une communauté médicale qualifiée et strictement professionnelle. REMA revendique aujourd’hui plus de 2000 cas médicaux résolus via nos plateformes, pour un total de 6000 médecins utilisateurs actifs, qui publient, échangent, et interagissent autour de cas cliniques, articles scientifiques, contenus pédagogiques, et tout autre sujet d’ordre professionnel.

Avec la montée de la pandémie liée au COVID-19 sur le continent, de quelle manière peut-elle contribuer à enrayer sa propagation?

S.D.: Nous construisons une communauté médicale croissante de plusieurs milliers de professionnels de santé autour de l’application mobile REMA. Mais aussi, nous fournissons aux organisations, entreprises et institutions sanitaires, une solution sécurisée de marketing médical qui leur permet de cibler et de toucher les médecins d’Afrique en quelques clics à travers la diffusion de campagnes natives et alerte SMS. Il  s’agit  d’un  outil  très  pertinent  pour  les  gouvernements  en  période  d’épidémie. Ça leur permet d’une part de coordonner, d’informer et de former en temps réel, ce sans contact, les professionnels de santé présents sur leur territoire. D’autre part, il permet de contrôler le circuit de l’information médicale destinée aux professionnels de santé.

Vous avez récemment entamé une collaboration avec les pouvoirs publics en mettant à disposition gratuitement votre application aux autorités sanitaires. Pourquoi et quel est l’objectif recherché?

S.D.: C’est donc pour aider les gouvernements d’Afrique à mieux faire face à la pandémie du Covid-19  avec  les  meilleurs  outils,  que nous avons pris l’initiative de mettre gratuitement  notre  système  de  communication médicale  institutionnelle au  profit  des  ministères  de  la Santé  du  continent. On note un fort intérêt des gouvernements pour notre solution, parce que plusieurs Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre en ont déjà fait la demande. Toutes nos équipes sont actuellement mobilisées en interne pour faciliter le déploiement et la prise en main de nos solutions par les acteurs publics dans le domaine sanitaires sur tous les territoires où nous sommes demandés.

Selon Mutanga Keita, le CEO de Tulip Industries, l’un des axes prioritaires pour les start-ups dans le contexte actuel devrait être le développement de projets susceptibles de toucher de plus larges pans de la population au sein de pays africains donnés. Partagez-vous son avis ? Votre application propose-t-elle un service dans une langue locale?

S.D.: Nous délivrons aujourd’hui nos services en français et anglais parce que ce sont les deux principales langues parlées par nos utilisateurs cibles, lesquels sont des professionnels de la santé. Ils ont donc un niveau d’instruction suffisant pour que n’ayons pas besoin de traduire nos offres en langues locales. Ceci dit, je suis absolument d’accord que pour avoir un impact social et économique significatif sur notre continent, il faut que les bénéficiaires finaux de l’offre des start-ups soient la population. REMA s’inscrit parfaitement dans cette dynamique, avec ces deux niveaux d’impact social qui sont l’amélioration de la sécurité des patients aux soins et la réduction des pertes économiques dues aux surcoûts sanitaires générés par les erreurs médicales en Afrique.

Quelle est votre stratégie pour augmenter les membres de votre communauté et comment comptez-vous rendre votre projet durable dans le temps?

S.D.: Pour l’acquisition de nouveaux médecins et utilisateurs sur REMA, nous avons une stratégie digitale qui se veut globale, et une stratégie opérationnelle qui est plutôt orientée et adapté à l’échelle de chaque pays appartenant à notre marché cible. Nous avons aujourd’hui un modèle économique orienté « BtoB » vers les entreprises et les organisations ayant un intérêt lucratif ou non à communiquer auprès des médecins d’Afrique. De plus, nous envisageons à court et moyen terme de diversifier nos sources de revenus à travers la mise en place d’une offre premium directement proposée aux médecins utilisateurs de notre plateforme. Notre vision c’est d’être le leader de la collaboration médicale à distance et de la formation médicale continue en Afrique.        

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