5 minutes avec Peter Addo, Responsable du DataLab à l’Agence française de développement (AFD)

Next Einstein Forum: Lorsqu’on aborde la question de l’intelligence artificielle (IA), très peu de gens comprennent exactement de quoi on parle. Pourriez-vous nous éclairer sur ce sujet?

Peter Addo: L’intelligence artificielle (IA) enseigne simplement à la machine à apprendre à partir d’exemples. Cela donne à la machine un certain niveau d’intelligence basé sur des exemples pour aider à relever les défis. Ces exemples sont ce que nous appelons des données. Par exemple, les médecins de la plupart des pays passent beaucoup de temps à analyser de l’imagerie (comme l’IRM) avec l’ambition de conduire un bon diagnostic. Étant donné que nous disposons de données d’imagerie et de diagnostic divers et de qualité, une solution basée sur l’IA sera en mesure d’apprendre et d’aider à fournir un diagnostic précoce de problèmes médicaux. Par conséquent, l’IA dépend de la disponibilité, de la qualité et de la diversité des données.

Quels sont les obstacles majeurs à l’essor de l’IA dans les pays africains?

P.A.: Il est triste de rencontrer très peu de chercheurs et de participants du continent africain aux conférences internationales et aux forums mondiaux sur l’IA. Cela pourrait être dû à plusieurs raisons, mais un obstacle qui mérite d’être mentionné est le manque d’investissements adéquats dans la recherche et le développement. La plupart des chercheurs africains soulignent la difficulté d’obtenir un soutien pour leurs recherches.  En outre, je vois la nécessité d’élargir notre connaissance et notre compréhension de la pertinence de l’IA pour le travail et la croissance en Afrique. Je tiens à souligner que les discussions sur les implications de l’IA pour la société ne doivent pas se limiter aux experts en IA. Je dirais qu’il est essentiel de développer de solides partenariats et initiatives transversales sur l’IA.

Dans le contexte actuel, quel est l’enjeu de l’Intelligence artificielle pour la transformation économique des pays africains?

P.A.: Il est possible que l’IA puisse avoir un impact économique progressif sur le continent, ce qui sera évidemment visible dans le temps. Toutefois, sans confiance, les technologies ne seront pas utilisées. Nous pouvons maximiser le potentiel offert par l’IA seulement si nous construisons un climat de confiance envers les technologies, ce à travers tous les secteurs de l’économie car les bénéfices provenant de l’IA seront probablement inégaux. Une raison supplémentaire pour le continent d’établir des initiatives et des partenariats avec les multiples parties prenantes visant à développer le capital humain. J’encourage donc les pays africains à lancer des  stratégies axées sur l’IA et des bases de données nationales avec une approche centrée sur l’humain et des principes éthiques. Des démarches qui permettront de maximiser le potentiel offert par l’IA de manière positive. Enfin, dans le contexte lié aux défis contemporains du continent, l’accès aux données, lesquelles résident principalement entre les mains du secteur privé, afin de créer de la valeur pour le bien public est un élément clé de la croissance. Un constat qui requiert des nouvelles formes de collaboration qui vont au-delà des partenariats publics-privés.

D’après le cabinet PWC, l’intelligence artificielle injectera plus de 15.7 mille milliards de dollars dans le PIB mondial d’ici 2030. Quelles sont les mesures que doit entreprendre le continent pour tirer profit des bénéfices économiques qu’apportera ce domaine à l’avenir?

P.A.: Il me paraît important de mettre sur pied un environnement réglementaire qui encourage les partenariats publics-privés liés à l’IA dans les domaines de la santé, l’éducation, l’agriculture et les autres secteurs clés de l’économie. De ce fait, la mise en œuvre de la stratégie mentionnée dans la question précédente est essentielle car elle produirait des solutions pratiques significatives pour la société. L’Afrique possède une diversité riche de culture et de talent. Il est temps que les africains jouent un rôle majeur dans la création de solutions qui répondent aux défis du continent. Pour ce faire, les dirigeants, tant du secteur public, que privé, doivent impérativement étendre leur compréhension sur la pertinence de l’IA pour l’économie.

Certains spécialistes attirent l’attention sur le risque d’une « cybercolonisation » de l’Afrique par les géants du numérique car le continent n’aurait pas encore la maitrise de ses données. Partagez-vous leurs craintes?

P.A.: Je pense que le point que vous soulevez n’est pas qu’une crainte africaine, mais une préoccupation globale car ce sont les géants des technologies qui possèdent entre leurs mains la majeure partie du contrôle des données. Je sais que l’Europe, par exemple, a entrepris des démarches importantes en adoptant le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Je pense que l’Afrique pourrait apprendre de cette dernière et faire même mieux à cet égard. Il y a un besoin de changement des mentalités, particulièrement dans le développement et l’adoption des technologies capables de relever les challenges du continent. En effet, je préfèrerais voir les africains mener les discussions et contribuer ainsi à créer des technologies adaptées aux enjeux de leur continent. Pour cela, l’AFD  est disposée à soutenir des initiatives de recherche sur l’IA qui sont inclusives et qui promeuvent la coopération Nord-Sud en vue de relever les défis mondiaux.

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